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L'ambition de la
science est unificatrice. Les
astrophysiciens s'accommodent de plus en
plus mal de la singularité du Big Bang.
Ils espèrent qu'un jour prochain la
physique théorique fondamentale saura
découvrir la loi générale qui
permettra de réconcilier la Relativité
générale et la mécanique quantique et
d'unifier en une seule force les quatre
forces qui, selon notre connaissance
actuelle, se partagent le gouvernement de
l'univers. Il n'y a pas que les
astrophysiciens qui regardent vers la
physique théorique. Les sciences de la
vie le font également. La physique
demeure pour elles le phare par
excellence. Il y a déjà trente ans, J.
Monod se tournait vers la dernière
apparue des sciences de la matière, la
cybernétique, pour expliquer les arcanes
du vivant. C'est ce projet que
poursuivent aujourd'hui, au niveau de
l'esprit, les cogniticiens. La science se
trouve encore malgré tout aujourd'hui en
face d'une mosaïque de lois. Le désir
de nombreux scientifiques est que cet
état cesse.
Dans
l'optique de la tradition cartésienne,
le dualisme a régné pendant
longtemps sur la pensée occidentale. Les
phénomènes de la nature ont été
pendant longtemps attribués aux caprices
des dieux. La foudre et le tonnerre
n'ont-ils pas été, dans la mythologie
antique, considérés comme des attributs
de Jupiter ? D'une façon larvée, cet
état d'esprit régnait encore dans
beaucoup d'esprits distingués, à
l'époque de la Renaissance. Les lois ont
remplacé progressivement les dieux à
partir de l'âge classique. Pendant
longtemps pourtant, ce ne sont que les
sciences de la matière qui échappent à
l'esprit dualiste. Un grand penseur comme
Kant, à la fin du 18e s., élabore une
distinction fondamentale entre les
sciences de la matière régies par le
déterminisme et les sciences de la vie
par le finalisme. L'architecture
philosophique sur laquelle repose cette
distinction ne manque pas d'ailleurs de
grandeur. Le vitalisme, parfois un peu
caricaturé par la présence au cur
de la matière animée d'un homoncule
qui, de sa position, dirige les
opérations du vivant, est une forme
avancée de dualisme. Il faudra vraiment
attendre la parution de "Le hasard
et la nécessité" de J. Monod pour
que le vitalisme, et avec lui, le
dualisme succombent sous les coups de la
cybernétique. Depuis, des attaques n'ont
cessé d'être portées, d'ailleurs
parfois brillamment, à son cadavre.
"L'erreur de Descartes" de
Damasio est un exemple parmi d'autres que
l'on pourrait citer. On va là d'ailleurs
plus loin dans le " désenchantement
du monde " que lorsque l'attaque
portait seulement sur la vie. C'est le
dernier bastion qui résistait encore et
paraissait occuper une position
imprenable qui est investi, lorsque
paraît au début des années 80 un livre
aussi fracassant dans son domaine que
l'avait été dans le sien celui de J.
Monod. Il est question bien évidemment
de "L'homme neuronal" de J. P.
Changeux. L'esprit ne serait qu'une
illusion.
Le monisme réducteur a-t-il
enfin épuisé toutes ses armes contre
l'ennemi dualiste ? La philosophie va
elle-même s'en mêler. Un nom aussi
paradigmatique que ceux de J. Monod et de
J. P. Changeux s'impose : celui de D.
Dennett qui prétend expliquer la
conscience. Résumons trop brièvement un
des points importants de la thèse, qui
ne manque pas d'ailleurs d'une certaine
vérité : la pensée doit se méfier du
vocabulaire ; les catégories
grammaticales ne sont pas nécessairement
celles de la réalité ; elles engagent
souvent sur de fausses voies de
réflexion ; c'est le cas du vocabulaire
dualiste qui partitionne l'être entre
matière et esprit, étendue et pensée,
phénomène et noumène. Ces découpages
sont artificiels. Il faut penser en les
ignorant pour atteindre un niveau plus
authentique de la réalité.
C'est à toute cette
problématique que nous, les deux auteurs
de ce livre, avons été confrontés.
Nous pensons que la critique du vitalisme
a constitué pour la rationalité un
véritable progrès dans les
connaissances. Il y a plus de
rationalité dans les lois que dans les
dieux, dans la cybernétique appliquée
au vivant que dans l'homoncule. Si
l'étude des mécanismes internes du
vivant dépasse de beaucoup en
intelligence ce que nous en savions, il y
a cinquante ans, à l'époque où
subsistait encore un certain vitalisme,
la crispation réductrice qui
l'accompagne est cependant dommageable.
Le cas est particulièrement patent dans
"Le hasard et la nécessité"
de J. Monod où les différents niveaux
d'organisation du vivant sont sacrifiés
au profit de la cellule, sa plus grande
simplicité se prêtant beaucoup plus
facilement à un modèle technologique.
Souvent d'ailleurs, dans ces projets
réducteurs, l'usage des modélisations
permet d'oublier la finesse et la
complexité de la réalité. La
toute-puissance accordée aux gènes sous
la dénomination de programme
génétique dans
l'auto-construction du vivant ne peut
être qu'une vue théorique, un modèle,
qui ne tient pas compte des faits
observables. Le mécanisme s'impose
d'autre part assez souvent grâce à
l'occultation de données fondamentales ;
il ne va pas de soi qu'un caractère
singulier, fondant une nouvelle fonction,
acquis par hasard par un vivant soit
automatiquement transmissible à sa
descendance. C'est même le contraire qui
est vrai.
Des considérations souvent
étrangères à la science ont orienté,
dans le passé, des travaux en faveur du
vitalisme. Mais le matérialisme
est aussi apriorique que le dualisme.
Affirmer que l'unité de la conscience
est inexplicable dans l'état actuel de
nos connaissances mais affirmer par
ailleurs dans le même temps qu'une
meilleure connaissance de la matière
cérébrale, en tant que matière,
permettra un jour de résoudre le
problème est un postulat gratuit. De
même affirmer que l'ontologie de la
conscience est irréductible mais que,
malgré tout, elle est causée par la
matière est une affirmation tout aussi
gratuite. L'émergentisme qui
affirme que la conscience n'est
pas produite mécaniquement par le
cerveau mais est un mode d'existence de
sa complexité particulière n'est qu'une
solution gratuite au problème posé par
la spécificité subjective de
l'être vivant.
Ce sont ces antinomies plus ou
moins déguisées du matérialisme qui
nous ont poussés à rompre avec ces
ensorcellements de l'époque pour poser
l'existence d'une certaine extériorité
qui ne soit pas elle, matérielle. Nous
venons d'horizons fort différents.
Pourtant, à l'occasion de quelques
rencontres, dans un groupe de recherches
que nous fréquentions l'un et l'autre,
nous nous sommes aperçus que nos accords
étaient très importants sur
l'essentiel. L'un d'entre nous est
philosophe ; il possède une double
spécialité, en phénoménologie et en
philosophie des sciences. Le "
retour aux choses " prôné par
Husserl l'a très tôt convaincu, grâce
tout spécialement à l'étude de
Merleau-Ponty, qu'il fallait se
débarrasser du clivage
intellectualiste/matérialiste pour s'en
tenir à l'enseignement des phénomènes.
On ne reconstruit pas le phénomène,
c'est-à-dire la lumière dans
laquelle les choses deviennent connues,
à partir de constructions artificielles.
Il faut le prendre tel quel et dévider
patiemment la trame qui fait de lui une
perception, une image, un souvenir, un
concept. Trop souvent dans le langage
matérialiste des neurobiologistes et des
cogniticiens, ces mots sont employés
sans être auparavant définis et
explicités. De quoi parle-t-on alors ?
Tous les amalgames de pensée sont alors
permis. Un mot tient lieu souvent
d'explication alors que l'on n'a même
pas commencé à expliciter son contenu.
Le travail de la conscience à
l'uvre dans une perception, dans
une image, dans un souvenir, n'est pas
réductible à celui d'une machine, si
sophistiquée qu'elle soit, parce qu'en
tant que matérielle, elle est incapable
de s'auto-observer et de se projeter vers
l'extérieur en donnant sens à son
environnement. Mais l'idéalisme ne
réussit pas mieux que le matérialisme
parce que le travail de la conscience
n'est pas celui d'un pur esprit. Le
phénomène qui n'est pas qu'un simple
épiphénomène est indissociablement
lié à l'organisation cérébrale qui le
sous-tend. Ni pure machine ni pur esprit,
qu'est donc la conscience ? Puisque le
phénomène apparaît avec la vie, le
phénoménologue un peu curieux ne peut
qu'être tenté de se pencher sur ce que
les sciences de la vie apprennent. Or en
tant que phénoménologue que
constate-t-il à l'orée de la vie ? La
réponse ne peut être que l'apparition
de systèmes matériels d'un nouveau
type. Ceux-ci n'expriment pas seulement
un certain ordre dans la nature, comme le
système solaire ou un cristal. Ils sont
pourvus d'une organisation qui leur
permet de doubler d'une certaine
subjectivité la connaissance aveugle,
mécanique, " hors sujet "
l'expression est de Michel
Troublé que des systèmes
matériels ordinaires tirent de leur
environnement lorsqu'ils rentrent en
interaction.
La matière jusqu'alors
insensible devient sensible. Elle
ne relève plus seulement du
quantifiable, du mesurable. Elle est
porteuse de sens c'est en
tant que telle qu'elle est sensible
pour les nouveaux systèmes
matériels apparus qui recherchent et
trouvent en elle la source d'énergie
dont ils ont besoin pour se maintenir en
vie. Un système matériel inerte ne se
défend pas contre les agressions ; un
être vivant tend obstinément à
demeurer en vie. Les automatismes
biochimiques sous-jacents à cette
obstination ne peuvent dès lors qu'être
chargés de sens. Parce que ses
parties sont extérieures les unes aux
autres, la matière ne peut qu'être
distendue. C'est cette distension qui est
réduite en partie chez le vivant parce
que les différentes parties qui le
composent ont un sens les unes pour
les autres, dans le tout qu'elles
constituent. Grâce à cette réduction,
une conscience subjective,
auto-centrée, si timide qu'elle soit à
ses débuts, fait alors son apparition
chez les premières cellules libres. Il
s'agit d'une innovation radicale dans le
cosmos, porteuse d'un immense avenir
couvrant tout le chemin qui sépare
l'homme des bactéries, en passant par
des étapes aussi importantes que le
passage des êtres unicellulaires aux
êtres pluricellulaires, à ces cellules
qui s'assemblent pour coopérer ensemble
au sein d'un unique organisme. Cette
auto-centration a évidemment sa
répercussion sur le monde extérieur
puisque c'est elle qui permet de
concentrer en un éclair de conscience
dans la subjectivité les
myriades de corpuscules et d'ondes qui
viennent frapper les organes
périphériques de tout organisme. Il
convient évidemment de remarquer que
toutes ces activités se déroulent dans
un monde sans cesse changeant dont le
mode d'apparition est l'espace et le
temps. La conscience en tant que flux
incessant de phénomènes en perpétuel
renouvellement en porte la marque. Mais
c'est aussi à travers l'espace et le
temps que se réalise la montée
progressive du cosmos, qui voit la vie
puis l'intelligence advenir à des
systèmes matériels. Tout être vivant
manipule plus ou moins profondément,
selon le niveau d'organisation de son
être, l'espace et le temps. Il les
survole globalement par la reconnaissance
d'un territoire quelconque. L'homme a
en outre le pouvoir, en raison de son
accession à la culture, de comprendre
l'espace-temps qu'il habite, voir d'agir
sur lui. Ne pourrait-on pas dès lors
considérer en lui, un peu à la manière
de Newton qui en faisait un "
sensorium divin ", le point de
rencontre et d'interaction d'un Projet
créateur se communiquant en faisant
apparaître dans la singularité, dans
l'individualité, dans la subjectivité
des êtres dotés de plus en plus
d'autonomie, voire de liberté, au fur et
à mesure que l'évolution avance dans la
complexification du règne animal ?
C'est d'une crise dans la
phénoménologie que sont nées ces
pensées. Elles rejoignent les propos de
l'autre auteur de cet ouvrage puisque,
pour lui, la matière ne peut sortir de
son état de confusion originaire,
où tous les possibles sont
simultanément présents, sans le
concours d'un Opérateur transcendant
possédant la capacité exclusive,
totalement étrangère à la matière, de
pouvoir choisir.
Il y a pareillement crise
aujourd'hui dans la robotique. Certains
roboticiens, parmi les plus grands, se
demandent si le pouvoir cognitif du robot
n'est pas en train de surpasser celui de
l'homme et ne constitue pas une grave
menace pour ce dernier à plus ou moins
brève échéance. " Vers 2050, des
cerveaux de robots construits à partir
de calculateur qui exécuteront 100
trillions d'instructions par seconde
commenceront à rivaliser avec
l'intelligence humaine " nous dit H.
Moravec de l'Université de Carnegie
Mellon spécialisée en robotique. Quel
avenir nous attend ? L'homme est-il
indépassable dans sa dignité
spirituelle ou n'est-il qu'un chaînon
dans l'évolution capable de s'abolir en
donnant naissance à des machines "
massivement intelligentes les
artilects [machines massivement
intelligentes] " ? D'autres
scénarios sont envisageables tout aussi
confusionnels comme l'intégration de
pouvoirs électroniques extraordinaires
dans le corps humain, leur puissance de
calcul rendant un peu dérisoires nos
capacités de nous émouvoir, de
ressentir, de nous émerveiller que l'on
attribue à la sensibilité et à l'âme.
Un grand sociologue allemand, Ulrich
Beck, caractérise notre temps comme
" l'ère des risques " mettant
en danger la vie de l'humanité entière.
Quelques-uns proposent même une sorte de
moratoire dans la recherche,
parallèlement à ce qui se passe dans le
domaine de la génomique pour les
généticiens. Ce n'est pas sur ce
terrain que Michel Troublé se pose la
question. La crise dans la robotique ne
se situe pas pour lui, en premier lieu,
sur le plan moral ; elle se situe, avant
tout, sur celui de la pensée théorique
et fondamentale. Comme R. Penrose, il
pense que l'homme possède une capacité
cognitive que n'a pas la machine,
réduite, elle, à la simple possibilité
de faire des calculs, à son pouvoir
computationnel. Penrose s'appuie pour le
démontrer sur ce que l'on convient
d'appeler les modèles de pavage ;
à son avis ceux-ci " violent
presque " un théorème
mathématique standard concernant les
réseaux cristallins. Il y aura crise
dans la robotique tant que le problème
concernant le computationnel ne sera pas
résolu. Michel Troublé en sort en
démontrant qu'il y a dans la pensée
humaine un pouvoir de l'esprit que ne
possède pas la machine, à savoir, en
référence à ce que pensait déjà R.
Ruyer, la capacité de survoler l'espace
d'une façon domaniale, absolue, de
généraliser ; en dautres termes,
de pouvoir faire des choix cohérents
parmi les solutions possibles L'exemple
simple d'un thermomètre gradué qu'on
lira dans le corps de l'ouvrage en est
l'explicitation.
Tandis que l'un d'entre nous
insiste sur la refondation de l'être qui
se manifeste avec l'apparition de la
subjectivité dans l'organisme et du sens
dans l'univers, l'autre voit une
caractéristique fondamentale du vivant
dans l'acte de survoler d'emblée et sans
intermédiaire l'espace, et le temps. Ils
se rejoignent encore sur un point plus
basique : celui de l'Être qui n'est ni
le il y a heideggerien
ni la substance spinoziste
puisqu'Il est animé d'un projet. Si
embarrassant que soit pour un entendement
humain de concevoir l'origine des choses,
on peut dire que, ni les objets
matériels tels qu'ils nous apparaissent
dans l'espace et dans le temps ni les
êtres vivants ni la pensée, n'auraient
pu venir à l'existence sans un Projet
transcendant, créateur. Par des voies
différentes, par l'analyse logique de la
notion de mesure, c'est-à-dire
d'une façon très concrète, très
pratique, d'une part, d'autre part par la
montée en puissance de la phénoménalité
considérée dans l'évolution du monde
du règne animal et son incapacité à
rendre compte d'elle-même, nous nous
sommes trouvés sur un terrain de
dialogue qui s'exprime dans les pages qui
suivent.
La première partie de notre
réflexion porte sur la connaissance
dun objet quelconque. Cest
dans cette perspective que nous
introduisons la notion de mesure.
Celle-ci présuppose un objet à
connaître et un sujet connaissant. Nous
mettons provisoirement entre
parenthèses le sujet connaissant
pour ne retenir que le domaine où les
entités matérielles peuvent entrer en
interaction. Il sagit dune
expérience de pensée, une
pratique assez courante chez les
scientifiques. Il savère alors
que, contrairement à ce que lon
pourrait penser, ces entités
matérielles se trouvent originairement
en état de confusion état
où tous les possibles sont
simultanément présents , pour
reprendre un terme à la physique
quantique. Cela ne signifie pas
quil nexiste pas de lois dans
la nature pour les gouverner, mais les
lois sont des idéalités qui ne
fournissent pas à ces identités que
nous percevons comme des objets un statut
de singularité quelles possèdent
pourtant bien ; un objet est en
effet singulier par les propriétés qui
le caractérisent et par la situation
quil occupe dans lespace et
dans le temps. Doù notre première
idée concernant un Opérateur
non-physique qui aurait la charge
essentielle de réduire cet état de
confusion originaire que connaît la
matière.
Dans la seconde partie, nous
réintroduisons le sujet
connaissant. Or nous constatons que le sujet
résout létat dambiguïté
ontologiquement antérieur, en créant
des catégories mentales (les
catégories de chaud, de froid, de lourd,
de léger,
). Nous démontrons
alors que ces catégories qui sont
à la base de la reconnaissance
dun objet " je
reconnais comme étant un arbre cet objet
que je perçois actuellement "
ne peuvent être le résultat
dun processus physique
déterministe ni davantage
dun choix aléatoire. Elles ne
peuvent résulter que de choix
thématiques, stables et cohérents.
Pourtant une objection nous
est venue alors à lesprit :
des réseaux de neurones artificiels
construits sur le modèle de nos réseaux
de neurones naturels ne pourraient-ils
pas faire ce classement thématique
que nous avons déclaré jusqualors
impossible ? Cest de la
question très actuelle des
animats en intelligence
artificielle dont il sagit ici.
Notre conclusion est que sans une préparation
exhaustive du domaine dans lequel les
objets observés sont susceptibles de se
déployer, aucun processus de reconnaissance
nest possible ; tout
mécanisme physique de reconnaissance
est donc à écarter. La nature
naurait-elle pas cependant fait
tellement bien les choses que par suite
de hasards et dun processus comme
le processus darwinien de sélection
naturelle, des êtres purement
matériels auraient pu acquérir cette
capacité de catégoriser et de généraliser
la diversité quasiment infinie de
lexpérience. Une démonstration
rigoureuse fait apparaître
limpossibilité physique de cette
transmission. Il ny a pas de
reproducteurs universels,
contrairement à ce quaffirmaient
von Neumann et Norbert Wiener.
Les êtres vivants
possèdent pourtant cette
capacité ; ce sont des êtres
matériels. Qua donc alors de
spécifique cette matérialité ?
Tout être vivant est un être matériel
doté de sensibilité. Cest
la sensibilité qui fait la
différence entre linerte et la vie.
Et cette sensibilité est dotée
dune fonction : comme
expression de son attachement à la vie,
à la pérennisation de sa propre
existence et de celle de son espèce, la sensibilité
chez lanimal est amenée à
extérioriser lexpérience en vue
de sadapter à son flux sans cesse
changeant.
Lultime point de notre
réflexion nous a amené à une
philosophie de lêtre très proche
de celle de Merleau-Ponty dans le
"Visible et linvisible".
La sensibilité nest pas une
qualité seconde par rapport au
quantitatif, comme beaucoup de
philosophes lont pensé. Pour
reprendre une expression de
Merleau-Ponty, elle est " Élément
de lêtre ". Cet Opérateur
non-physique dont nous parlons
pourrait bien être lÊtre qui en
tant que " Sensible en général
" se fractionne en tout vivant en
" objet senti " et en "
sujet sentant ". En tant quÉlément
de lêtre cest, lui, le Sensible
qui assurerait la coordination entre tous
les vivants dans un monde commun,
unique.
Telle serait
"larchéologie du monde",
un dernier mot pour finir sur
lentrelacement du Sensible et de
lintelligence chez lêtre, de
nature mais aussi de culture, quest
lhomme. " Le sens du monde
doit se trouver hors du monde "
disait Wittgenstein Tractatus,
6.41.
Les deux parties de ce livre
sont chacune découpées en deux
chapitres dont le premier est plutôt
technique et le second
philosophique car laissant
une place importante à une vision
méthodique des problèmes de la vie et
aux dialogues entre les deux auteurs qui
se livrent là à
un jeu de questions-réponses sur les
sujets développés dans les chapitres
techniques. Une méthode
possible de lecture pour ceux de nos
lecteurs qui ne souhaiteraient pas
aborder demblée des textes trop
techniques, est de commencer
lexploration de notre thèse par
les deux chapitres
philosophiques II et IV qui
couvrent en effet lensemble de nos
réflexions en faisant cependant
systématiquement référence aux
démonstrations données dans les
chapitres techniques I et III.
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